Nous sommes dans les années 1960. Le narrateur, qui vit d’ordinaire à Paris, vient d’arriver en Corrèze, dans la maison isolée où vit son grand-père. Il retrouve son cousin Michel, qui habite Clermont. Ils vont passer ensemble leurs deux mois de vacances, une éternité quand on a, comme les deux enfants, onze ans. Les émois qu’ils ressentent à la lecture des récits d’aventure sur les terres africaines, qu’ils débusquent dans le bureau du grand-père, se prolongent lors des parties de chasse aux insectes et lors des escapades plus périlleuses dans les espaces encore vierges de la Corrèze. Dès le premier soir ils s’évadent dans la forêt toute proche et leur imaginaire s’embrase.
Pierre Bergounioux sait restituer les élans et les interrogations de cet âge charnière, entre enfance et adolescence. Il en fait un âge métaphysique, fait de questions sur la matérialité du temps et sur la vérité, ainsi qu’un âge poétique, qui s’émeut du vol d’un insecte ou de la couleur d’une robe.
Difficile de ne pas penser, quand on lit ce texte en 2019, à ce qu’ont perdu les enfants d’aujourd’hui, quand ils n’ont ni filet à papillon, ni canne à pêche en noisetier et qu’ils ne s’ennuient plus assez pour apprendre à rêver.
à propos de :
Pierre Bergounioux, La bête faramineuse, Gallimard, Folio.
